5 juin 2010

arbre positifPour les lecteurs de Philosophie magazine, la rédaction avait préparé ce mois - juin 2010- , un dossier sur la beauté.

J'y ai relevé, au cours d'un article, une définition sur la beauté : la beauté apparaîtrait quand l'individu est "unifié". Quand le geste et la pensée ne font plus qu'un, le mouvement ou la posture sont perçus comme beaux.

L'auteur fait un détour par la philosophie asiatique qui avait relevé ce fait depuis des siècles. Ainsi, la beauté n'est pas naturelle, de naissance mais est le fruit d'un processus en trois temps : l'unification de la pratique, l'éveil de la sensibilité, l'ouverture à la spontanéité.

A la lecture de ces lignes, je ne pouvais m'empêcher de faire le lien avec mes recherches sur la reconnaissance professionnelle et la transmission des savoir.

L'expression "la beauté du geste" n'est-elle pas celle qui qualifie le mieux la compétence d'un travailleur? Celui qui "a du métier" n'a t-il pas construit un processus qui tend à l'efficience de sa pratique? Certainement.

Mais pour nous, praticiens de l'analyse du travail, les étapes de cette construction sont les savoir qu'ils nous faut débusquer en chacun pour accompagner à l'appropriation de la pratique collective. Or, voici qu'au détour d'un article de magazine se dégage par ces quelques mots une piste.

Une piste qui demande à être parcourue pour voir ou elle mène mais en tout cas, un chemin à arpenter pour y reconnaître les étapes de l'appropriation d'une technique, d'une gestuelle en situation.

Pour être encore plus clair, on y retrouve ici le cheminement du musicien de jazz qui doit parcourir toutes les étapes avant d'arriver à l'improvisation, étape ultime du dialogue avec le public et le groupe.

Unifier sa pratique : Etablir un répertoire de gestuelles. Eveiller sa sensibilité : Ecouter les disques des anciens, capter des détails, s'essayer à la transcription S'ouvrir à la spontanéité : Vivre l'instant en mobilisant dans le même temps ressources internes, environnement et construction d'un point d'arrivé.

Revenons dans l'organisation du travail :

Yves Clot dit en résumé que tout travailleur qui arrive dans une organisation du travail est l'obligé du tradition qui le surplombe. L'apprentissage d'un milieu de travail et d'une pratique se caractérise dans un premier temps par un mouvement de l'extérieur vers l'intérieur. Par l'imitation des postures, des langages, des gestes il semble se construire une première étape d'unification de la pratique.

Puis, l'eveil de la sensibilité pourrait-être cette étape ou l'expérimentateur en "trouvaillant" de nouveaux gestes dans son apprentissage sans fin vers l'efficacité du geste, retourne vers le collectif avec de nouvelles idées. Confrontation, débats ont pour résultat une éducation, une expertise en construction. La perception du travailleur s'enrichit sans cesse de nouveaux détails sur la situation de travail.

Enfin, la spontanéité semble rejoindre les définitions de la compétence comme on peut en trouver chez E. Lecoeur pour qui la compétence est l'articulation de ressources int et ext, validées, mesurables et reproductibles dans un but déclaré.

Trois étapes, un parcours vers la beauté du geste, la reconnaissance de l'autre dans un art du faire.