Eric Drutel

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Carnets de route (blog) :

Fil des billets

jeudi 05 sept. 2013

19,27€

Devant moi, aussi haut que le plafond le permet, juste devant ma table de travail, une dalle informatique. Noire et plastique, au bout d'un imposant pied d'aluminium. Elle me surplombe lorsque je suis assis à mon poste de travail. Il est midi quand je l'allume. Une journée comme beaucoup d'autres. La joie de retrouver mes vieux collègues; quelques poignées de mains échangées et commence le va et vient incessant de mes yeux sur cet immense écran. Un peu comme la navette d'un métier à tisser, mon regard file à toute vitesse du haut en bas de l'écran décodant chaque ligne, observant chaque image. Je scrute, je mémorise, je m'invente des histoires possibles, je me prépare à mettre en image la vie du monde. Mon corps se tend, je le sens, je suis prêt à travailler. Car on peut me parler, me téléphoner, griffonner un plan de montage, rien n'arrête se mouvement de gauche à droite qui balaye les 12 partitions de l'écran. Ce sont les sources continues du flot des images qui se déverse, depuis le plafond. Sur la partie gauche de l'écran, deuxième rangée, deuxième colonne, les images tournent en boucle jusqu'au prochain envoi. Ainsi un train déraille à répétition, pendant 10mn une star salue son public avec le même geste, une tornade écroule un immeuble qui se redresse aussitôt pour retomber à nouveau.

 Je fais mon travail : je mémorise, j'interprète, je fouille dans le réseau, je charge, je colle, je choque, j'insert, je bouscule, j'habille, je titre, j'envoie.

Au début j'ai cru à un mauvais rêve, mon corps s'est engourdi d'un coup, mes yeux sont devenus sec. Une image fantôme, la fatigue prématurée ou le petit coup de faim de 15h? Je poursuis mon travail. Mais encore une fois la jeep s'arrête en feu contre un trottoir. Un militaire en sort, titube en état de choc en direction de la caméra. je ne vois pas son visage. Il y a de la poussière, la caméra tremble. il s'écroule, seul dans le cadre de l'image. La caméra fait un gros plan. Sa chevelure noire, son front ensanglanté, ses épaules me font face. Il est la, à même ce sol qui ressemble à une piste. Un sursaut, brusque, violent, le décolle du sol et le pousse un peu sur le coté. Un autre coup de feu le pousse dans le même mouvement. Il ressemble plus à un sac qu'à un combattant. Il est mort, bien mort. Mort depuis quelques minutes déjà mais les sursauts ne cesseront pas tout de suite, hors champ quelqu'un continue, fait feu.

Je voudrai faire comme si je n'avais rien vu. Comme ce matin, quand j'ai passé la tête par le rideau de ma chambre. Le soleil était si intense que j'ai fermé les yeux immédiatement. C"est alors que les paupières closes, je pouvais voir, tout surpris, l'image inversée de la réalité qui m'avait aveuglée. Les immeubles et la rue étaient là en blanc et noir, je les avais vus, saisis, imprimés, mémorises. Pourtant j'aurai juré ne rien avoir aperçu.

Je nous ai regardé ainsi, frappés, mourir sous les balles sans rien pouvoir faire. Il y a 20 ans, j'ai vu la mort en gros plan dans les yeux d'une ménagère protégeant sont fils des balles sur Sniper Alley...

Rassurons-nous, la prochaine guerre se fera sans image.

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Cette vignette pour évoquer la pénibilité du travail sous ces aspects informels, dans les interstices de l'organisation du métier, dans les zones d'incertitudes.

Pour aller plus loin sur la question renouvelée de la pénibilité du travail, je vous propose de vous rendre à :




L'association APPORT vous invite à sa prochaine conférence

le samedi 16 novembre 2013

de 9h00 à 12h00

Amphi G du Centre de Langues Vivantes, Campus Universitaire 38400 Saint-Martin-d'Hères

Pénibilité physique, pénibilité mentale: comment la mesurer et la prévenir?



De quoi parle-ton? Que dit la législation? Quels outils? Quelles actions? Explications, témoignages de professionnels, débats

Venez échanger et partager vos connaissances, vos expériences, et vos points de vue sur cette importante question d'actualité.

vendredi 14 juin 2013

Le sociologue et le magicien

Depuis les années '20, les modes managériales se succèdent sans tout à fait se recouvrir. Si bien que l'actualité "emploi -management" offre des contrastes parfois assez violent. Des vocables ressurgissent pour être à nouveau confrontés aux impasses de notre quotidien de travail.

-"Ecris quelque chose sur la loyauté dans l'entreprise" me demande ce matin mon épouse.

La loyauté et l'entreprise? En voila bien une étrange idée... Qu'est ce qu'y être loyal? La loyauté est l'expression d'un dévouement envers une cause ou une personne assène le dictionnaire. Mais le dévouement n'est pas un devoir. Cette idée d'un engagement des salariés envers une cause de l'entreprise est bien un fantasme managérial de toute puissante et de simplification qui semble ressurgir tous les 20 ans... Les études du Tavistok Institute, les modèles bi-factionnels, les travaux de Lewin, d'Octave Géliner (morale de l'entreprise et destin de la nation 1965) les fondations Bouygues ou Gates se cassent les dents sur la question de fond, qu'est ce qui motive les salariés? A quelle cause les faire adhérer pour vivre cet éden de la loyauté en entreprise?

Dès le premier chapitre de l'acteur et le système, Crozier et Friedberg posent un constat implacable "Nous vivons généralement avec une image tout à fait fausse de l'action organisée"! ... "L'homme garde toujours un minimum de liberté et qu'il ne peut s'empêcher d'utiliser pour battre le système". Max Weber et son l'autorité-rationnelle légale peut aller se rhabiller. En effet, Le travailleur n'est pas qu'une main (Ford, Taylor), une main et coeur ( le mouvement des relations humaines, Tavistok), mais il est "avant tout une tête, c'est-à-dire, une liberté" ose Crozier. On peut reconnaître à Weber d'avoir l'honnêteté de proposer de lire le capitalisme et la pensée de Benjamin Franklin à la lumière de l'éthique protestante. Ainsi, le système bureaucratique qu'il propose est bien celui de son époque, d'un système de pensée par delà l'individu au service d'une vision du monde. Audiard ne s'y trompe pas : « Dans la vie il y a deux expédients à n’utiliser qu’en dernière instance : le cyanure ou la loyauté. » fait-il dire au Gentleman D'Epsom. Plus près de nous, François Dupuy dans "La fatigue des élites" nous décrit avec précision la mise à mal de cette loyauté des cadres par les concepts de l'économie moderne et la guerre économique... "Continuer à faire croire que les cadres, par ce qu'ils sont cadres, comprennent et défendent naturellement les intérets de l'entreprise, au besoin contre leurs propres intérêts, est au mieux une approximation, au pire une supercherie intellectuelle(p87)" écrit-il. Sainsaulieu(1977) défiche pourtant quelque chose en parlant du système bureaucratique : "Cela ne suffit pas à assurer la stabilité de l’organisation... il faut le charisme d’un chef... et une place assignée à chacun par la tradition du métier".

Le métier, la tradition du métier ! Par ce qu'elle croise deux approches, une qualitative, sur la question prise au sérieux du travail bien fait, l'autre de régulation par l'intérêt pour les controverses collectives et l'acceptation renouvelée du système d'action concret. La question du dévouement , du zèle dans l'entreprise se pose toujours mais en restant du coté de la vie. Voie exigeante qui engage la confiance de part et d'autre de l'organigramme fonctionnel de l'entreprise mais sans angélisme. Il n'y jamais eu d'âge d'or de la contestation ouvrière pas plus que que de martingale gestionnaire. Pour notre part, nous avons toujours le souci de promouvoir la voie du collectif et de l'élaboration sur le métier.

Pourtant la tentation est grande, malgré les millions de mots, de céder à une vision simpliste du travail humain. Dans le point 2111 du 28 février 2013, l'article de Baudouin Eschapasse sur les formations à la magie dans l'entreprise "la magie fait un tour dans l'entreprise"constate que les formations à la magie se portent bien. Il donne l'exemple d'un ancien centralien devenu magicien après un bref parcours d'ingénieur (!) dont la formation "influence et perception" conduit les participants à s'interroger sur les méthodes de l'hypnose ericksonienne. Et B.Eschapasse de conclure son article en parlant des techniques des illusionnistes, de la communication non verbale ou de l'hypnose eriksonienne "Autant d'outils qui confèrent à ceux qui les maîtrisent un atout au sein de l'entreprise".

jeudi 17 janv. 2013

Psychologue du travail aujourd'hui? Autour du thème de la transmission du métier

L'échange avec des pairs mis à mal lors de séances difficiles d'analyse de la pratique ainsi que l'accompagnement d'une étudiante en fin de cursus de psychologie du travail m'ont convoqué à répondre à la question du métier. Répondre à la question du métier pour soi ou un groupe de professionnel en analyse de pratique oblige à venir croiser, dans le temps de l'échange, les dimensions personnelles,impersonnelles, interpersonnelles et transpersonnelles. Je ferai donc ici moi aussi des croisements qui ont vocations à proposer ma réponse à la question que se posent étudiants (et professionnels), celle de s'y retrouver dans le métier, voir même, "d'y croire".

La présentation du DVD de Marc Bonnet "Cheminement en psychanalyse", ma participation à un jury de psychologue du travail et le remarquable ouvrage d'Yves Clot "le travail à coeur - Pour en finir avec les risques psychosociaux" sont devant moi sur ma table de travail m'invitent proposer rapidement ces quelques croisements. Des croisements entre trois métiers exposés dans leurs artefacts: psychanalyste (un DVD), enseignant (un mémoire de fin d'étude) et psychologue du travail (un manifeste). Je suis saisi par les correspondances, comme si l'engagement à toujours remettre l'ouvrage sur le métier, a chercher l'émergence du sujet, à lui offrir de se contempler dans le produit de son travail exigeait de s'engager sur les mêmes voies. Même si les objets d'études ne sont pas les mêmes (la maladie psychique, l'activité de travail) je retrouve le même engagement du déchiffrage pas à pas et du refus de laisser des questions en jachère.

C'est sans doute, la vidéo de Marc Bonnet qui m'a poussé à faire ce post tant il insiste sur l'importance d'une lutte contre l'hygiénisme. Un hygiénisme de la pensée qui se traduit par la sélection des apprenants dans les sociétés analytiques , les manuels d'inventaire des pathologies et des cliniques et enfin les modalités figées d'analyse des pratiques des analystes. Refuser ces écueils normatifs devient alors une pratique qui s'incarne dans des exigences d'une métier-apprentissage sans fin : entretenir des controverses professionnelles et en accepter le prix, ouvrir le métier à la pluralité des parcours, se placer dans un processus permanent d'apprentissage.

C'est sous la plume d'Yves Clot depuis toujours en lutte contre "les lignes Maginaux de la santé au travail que sont les versions autorisées et les discours convenus" que j'en résumerai les enjeux "L'un des principaux acquis du genre clinique que nous faisons, quand on parvient à tenir bon sur le cadre, c'est que la qualité du travail au contact du Réel est par nature, définitivement discutable".

Trouver du plaisir donc, dans le déplaisir d'un travail de redéfinition jamais achevé du travail bien fait nous place au contact des histoires transmises, des anecdotes, des rapports aux outils... et parfois d'une certaine haine car comme le note Joubert "l'héritage est un double mouvement de soumission et d'appropriation". La question du genre professionnel, de l'appartenance à un héritage, de la dimension transpersonnelle du métier impose le double mouvement de reproduire et de se reconnaitre dans les instrumentations réalisées.

Les controverses professionnelles convoquent l'histoire , les histoires en mobilisant des dimensions qui ne se recouvrent pas: l'activité, la tâche, le groupe. Des processus spécifiques, articulés et non superposables, "espaces du sujet, des liens interactifs, et espace du groupe" souligne Kaës.

C'est dans la production d'outils, d'artefacts qu'avec Rabardel nous trouvons un soutient à notre clinique par la définition d'un continuum d'une activité qui transforme le rapport des sujets au monde et en conditionne le développement. En refermant chacune de nos rencontres avec les travailleurs par la question des règles de métier construites ( ou à venir) lors de notre rencontre, nous cherchons à l'opposé de la prescription, à maintenir un pouvoir d'agir sur le contexte de travail. Il ne s'agit pas de pédagogie, mais plutôt d'un travail associatif, de représentations et de symbolisation ou tous les membres de l'équipe sont convoquées. Ce n'est pas la précision des mots qui importe mais celle des situations évoquées, rapportées. Cet engagement dans 'l'analyse minutieuse des événements convoqués nous impose un cadre ou tous les participants détiennent une partie du savoir. L'objectif étant de travailler le dispositif méthodologique convoqués par tous les participants (moi y compris) présents et contribuer à le développer et de maintenir son efficience. Car nous reconnaissons avec Kostulki "que ce qui use ou rend malade dans le travail, ce n'est pas d'avoir beaucoup de travail mais de pouvoir le réaliser de façon acceptable". Ce que Clot résume "nous ne sommes guère adaptés, contrairement aux apparences, à seulement vivre dans un contexte. Nous sommes plutôts faits pour fabriquer du contexte pour vivre."



"Le métier de Psychologue du Travail trouve sans doute là son lest : donner l'occasion à ceux qui travaille de montre à nouveau ce dont ils sont capables quand ils ont si souvent dû y renoncer, sinon sous les formes factices du conformisme organisationnel" Ainsi, "Le travail bien fait, par définition discutable mérite bien cet effet de refondation".

Refermons ce billet avec quelques mots de Bonnet " Pour être un humain, il est important d'etre engagé. Un humain non engagé à s'engager est un humain qui ne peut pas survivre"... Le travail bien fait exige alors qu'on construise et qu'on entretienne un espace vivant ou on peut soutenir l'effraction de la parole du collègue, du pair "quand on se parle en vérité avec quelqu'un, c'est pas vraiment cool... et on aimerait que ses collègues soient tout gentil tout doux en permanence... on devrait travailler à supporter un travail actif entre nous".

Travail  à coeur

dimanche 07 oct. 2012

Le retour aux mots sauvages

"Ce métier est le combat de la bouche contre la main, il faut se méfier du silence, ne jamais laisser ses mâchoires au repos"

Le roman de Thierry Beinstingel nous plonge dans l'univers des plateaux d'appel téléphoniques. Ce bouquin se joue des poncifs sur les écueils de la reconversion professionnelle comme il déjoue les pièges qui attendent ceux qui se risquent à l'analyse du travail de terrains trop souvent caricaturés. On pourrait presque, dans les premières pages, se désoler des situations qu'il présente tant elles frôlent la caricature : le parcours initiatique d'un électricien industriel obligé de délaisser le tournevis et le testeur pour la souris et le micro-casque d'un plateau d'appel.

A priori rien de neuf. Cependant...Le jeu entre le script d'appel et la trame romanesque nous fait éprouver la difficulté de réaliser la tâche exigée par l'organisation du travail, au risque d'y laisser sa peau. Du coup, Beinstingel nous embarque dans les tentatives de celui qui tente de faire face avec tous les moyens du bord à ce que l'on attend de lui. Le métier du nouveau se construit peu à peu en bordure du cadre, dans l'errance entre la culture du chiffre et les tricheries qui vont lui permettre de se reconnaître dans le produit de son travail. Car pour celui qui regarde sa main d'ouvrier devenir de plus en plus pâle et mole posée comme une méduse sur la souris, la lutte est sévère et couteuse.



Qui de la main ou de la langue va gagner?

Le ring est immense : les relations avec la hiérarchie, les clients, la famille, les anciens collègues, la boulangère, les victimes du systèmes... Tous viennent percuter le nouveau dans sa trajectoire à priori sans histoire, de sa reconversion professionnelle. Le nouveau doit apprendre à nager au milieu des drames humains, de ces suicides qui s'étalent dans la presse et le surplombent un peu plus chaque jour. Tenter de comprendre pour s'éviter le geste fatal, la défenestration, le mot sur la table de la cuisine, je me suicide à cause de mon travail.

Le nouveau ne trouvera pas non plus de repos, le soir, devant les séries TV ou le corps exhibé d'un brulé le confrontera à ces propres enjeux de son apprentissage de métier :

 "Y a t-il  une relation, d'un coté, entre l'exposition criarde, manifeste, voulue de la mort et l'entente sereine d'une équipe au boulot?"

Pour chacun d'entre nous qui souhaitons accompagner des personnes dans une reconversion professionnelle, il est une sorte de guide de voyage intérieur pour ne jamais oublier les périls et les aménagements parfois contre la norme que réalise celui qu'on accompagne pour réussir l'équilibre toujours remis en jeu de la santé au travail. Parce qu'il finit bien, ce roman au style brutal comme un script de vente par téléphone, nous invite à ne jamais rien lâcher. Les voies que le nouveau se dégagera c'est la vie qui s'écoule à nouveau dans les interstices du social. Liberté faite de petites victoires conquises de haute lutte et savourées comme un trésor. La vie trouvera son chemin dans la foulée régulière d'un marathon ou l'aide offerte à un anonyme de l'autre coté du combiné.

Ce livre donne la pêche car il démontre encore une fois la nécessité de comprendre le travail comme l'art de la ruse, de l'ingéniosité pragmatique, du plaisir à la transgression nécessaire non pas pour saboter mais pour construire ensemble quelque chose de beau et d'utile en quoi se reconnaître. Retrouver le travail humain, le geste qui humanise et construit le soi.

Sinon...

Pour l'étudiant en psychologie sociale, il décrit avec une rare finesse le fonctionnement du groupe, les mécanismes de régulations, les motivations et attitudes. Pour l'étudiant en psychologie du travail, on trouvera grand intérêt à décoder les équilibres psychodynamiques que le héros construit avec plus ou moins de bonheur.

 "Le monde? Faire avec, vivre autour, s'abandonner aux mots sauvages"

Retour aux mots sauvages

jeudi 02 août 2012

L'éthique au travail : quelles formes de contrôles?

Le nouveau décret sur le harcèlement sexuel à paraitre renouvèle l'opportunité d'aborder la question de la qualité de vie au travail à travers la promotion des modèles de comportements formalisés par les organisations du travail. De nombreux leviers sont mobilisés par entreprises ou les institutions : Charte Ethique, règlement de bonne conduite. Ces "infrastructures de l'éthique" (Begin 2012) visent à coordonner des actions collectives pour assurer le confort des travailleurs en cherchant une conformité d'actions tournées vers l'extérieur (la relation client, conformité des produits) et/ou vers l'intérieur de l'organisation ( modèles de comportements promus par la culture organisationnelle, les chartes et les codes).

Le travail de Luc Begin de l'université Laval pose donc avec actualité la question de l'institutionnalisation de l'éthique. Le chercheur remarque que "si toutes les mesures font références à l'éthiques elles n'obéissent pas pour autant aux mêmes finalités, ni à la même compréhension de ce qu'est l'éthique au travail" (Begin 2012).

Ainsi son approche permet de distinguer deux grandes orientations : l'une mettant en place un modèle de conformité à la norme, l'autre privilégiant un modèle de valeurs partagées. Ces deux orientations définissent ce que l'on attend des travailleurs et surtout le degré d'autonomie qu'on leur laisse : suivre la norme ou s'auto-déterminer par rapport à des recommandations.

Il y a là deux modèle assez différents qui mobilisent soit des éléments coercitifs soit l'émergence d'un modèle d'identification, d'identité de métier au travers de valeurs partagées. Les modèles de contrôles qui vont êtres mis en place vont répondre soit à un modèle coercitif, soit à un modèle de contrôle habilitant.

Luc Begin, dans sa communication à l'AIPTFL 2012 de Lyon explicite ce constat en distinguant les modalités coercitives ou habilitantes et ses incidences sur le conditionnement des travailleurs, le rapport aux règles, les modes d'accompagnement aux personnels.

Ainsi pour le modèle coercitif, l'organisation cherche la conformité des agents à la norme : le conditionnement se fera par le respect de devoirs et d'obligations dont le levier sera la surveillance et la punitions d'individus mobilisés par la crainte des sanctions. De l'autre, le contrôle habilitant vise à aider les acteurs à déterminer leurs actions en s'engageant envers des valeurs partagées formalisées par des "balises"(Begin 2012) du jugement en situation promues par des actions de préventions, de soutient, de mise en "emphase" des compétences éthiques des personnes aux travail.

Ces orientations relèvent de logiques complètement contradictoires alors qu'elles répondent toutes deux à des "infrastructures de l'éthique".

 "On assiste en effet très souvent à une mixité des références à l'éthiques comme si les deux grandes orientations d'éthique organisationnelle étaient aisément compatibles, tant en théorie qu'en pratiques" (Begin 2012).

Face à ce constat statistique qui montre d'après son étude que 92% des actions répondent à une logique de conformité, on peut se poser la question des effets d'une telle confusion pour les membres des organisations : travailleurs, évaluateurs.

La question de l'éthique devient alors impossible à traiter!

Notons la pertinence Luc Begin qui attire notre attention sur la confusion, voir la cohabitation contradictoire d'injonctions au sein d'une même démarche. Les exemples sont nombreux et accessibles par les chartes éthiques internet des organisations du travail ou les nouvelles recommandations des sociétés d'évaluation... A y regarder de plus près, quelles sont les possibilités de traiter la question de l'éthique en soutenant la cohabitation paradoxale de deux injonctions répondant à des logiques si contraires?

La logique économique recherchant une efficience trompeuse des actions de consultants fera la promotion de référentiels pré-établis et de contrôle coercitifs imposants à tous les temps de l'intervention : contrôle gestionnaire, utilisation de référentiels rigides et promotions de livrables formatés. Rassurant à la fois le client et le consultant, cette cohabitation d'instruments répondant à des logiques opposées évacue ce qu'elle se proposait de traiter.

Pour ne donner qu'un exemple, il sera illusoire d'attendre des travailleurs une appropriation, un engagement envers des valeurs partagées qui viennent soutenir un travail qui valorise et soutient la création de compétences éthiques en les soumettant à la contrainte de projets de services obscures ou d'évaluations sommatives construites en amont par une lecture gestionnaire de l'organisation.

Pour poursuivre : http://www.reoq.ca/wp-content/themes/theme1070/doc/rapport_mai_2010.pdf

mercredi 04 juil. 2012

Syrie : Penser la guerre?

Chaque bulletin d'information du matin égrène le nombre de mort, les tortures, les familles brisées, les villes éventrées comme, par exemple Homs ou Mazraat. Je ne dois pas être le seul à écouter dans la stupeur les récits des proches ou être confronté aux images de corps mis en pièces (pour ceux qui peuvent comme moi avoir accès aux sources d'images) ou des enfants arrachés aux décombres des immeubles en ruines. Ban Ki-moon (Le Monde 8/6/2012" résume bien la situation : Le peuple syrien saigne. Il est en colère. Il veut la paix et la dignité. Et avant tout, il veut de l'action" car des "terroristes tirent parti du chaos".

Plus que jamais, la tension entre la violence des images et la complexité de la réponse politique nous interroge sur les mécanismes de symbolisations et de représentation de cette expérience terrifiante de la guerre. Nous ne pouvons qu'être surpris du décalage entre l'intense activité diplomatique et le peu d'action de cessez le feu sur le terrain. La question se pose, chaque jour plus forte, de l'action ici et là-bas.

Si Bernard-Henri Levy déclare que "La communauté internationale n'intervient jamais nulle part. Jamais. Et la Libye fut, non la règle, mais l'exception. Alors, pourquoi l'exception ne se répète-t-elle pas en Syrie? Parce que la loi du grand sommeil a repris ses droits." (Parisien 7/7/2012) n'est ce pas pour poser la question de l'individu et l'action politique face à la souffrance et à l'idée de justice ? Peut-il y avoir une guerre juste? Un conflit juste?

Quand BHL évoque le "grand sommeil" ne décrit-il pas le statu quo sur lequel trébuche l'ONU? Michel Foucault explicitait ce phénomène quand il évoquait les découvertes de la médecine à travers son histoire des sciences. Il ne s'agit pas dans l'histoire des sciences du nombre de variables disponibles ( pour notre question, du nombre d'observateurs de l'ONU et de caméra amateur) mais des représentations collectives ( symbolisations, règles sociales, culture) qui permettent de faire certains croisements et d'accéder à une nouvelle connaissance. Devons nous comprendre que ce n'est pas le manque d'information qui ne parvient pas réveiller le monde, mais une organisation collective de la pensée qui va donner accès à la création de solutions ou les bloquer ? Malgré la souffrance des corps, la peur qui contamine un pays, ne devons nous pas nous engager dans une guerre des symboles? Parce que le double mouvement qui s'engage alors dans l'instrumentation de la lutte politique exige un double mouvement, à la fois vers le récepteur mais aussi vers le producteur? Ne faut-il pas découvrir les grilles de l'autre et s'y adapter?

Placer l'analyse du conflit sur le champ du politique ne peut pas beaucoup nous aider à penser la guerre. Nous l'éprouvons chaque jour par la pénible attente d'une issue à ce conflit. Foucault nous rappelle que les possibilités de connaissance sont toujours organisées dans un état par les institutions : police, armée, administration et appareil de l'état. Ces institutions, par des moyens coercitifs puissants, instaurent les savoirs sous forme de règles incontournables qu'elles placent comme hors du temps, pour ne pouvoir être discutées. Le jeu politique, par des déplacements de sens crée de nouvelles représentations sociales qui structurent de nouveaux groupes en définissant des nouveaux critères discriminants. Ne nous faut-il pas attendre qu'au faire et à mesure des rencontres et conférences politiques sur l'avenir de la Syrie qu'une recomposition des forces offre le terrain propice à la connaissance et à l'élaboration d'une solution?

Foucault en paraphrasant Spinoza disait "Le prolétariat ne fait pas la guerre à la classe dirigeante parce qu'elle est juste. Le prolétariat fait la guerre à la classe dirigeante parce que pour la première fois dans l'histoire il veut prendre le pouvoir. Et parce qu'il veut renverser le pouvoir de la classe dirigeante, il considère que cette guerre est juste" (Citation issue du débat entre Chomsky et Foucault en 77 ). Cette lecture de l'histoire des connaissance explicite bien les raisons de ce "grand sommeil". Ainsi pour Serguei Lavrov la participation de 150 pays à cette conférence “ne permettrait pas d’avoir des discussions sérieuses sur une solution en Syrie. Après le début du processus de Genève, une réunion comme celle de Paris n’est plus utile”. Même idée relayée par la presse officielle syrienne pour laquelle Genère est un échec car le processus n’est “pas basé sur l’avis du peuple syrien”.

En attendant que s'élabore sur terrain un symbole fort, ou une combinaison politique favorable à de nouvelles perceptions de solutions possible, nous faut-il nous résoudre à attendre? Plus de 16.500 personnes ont perdu la vie depuis mars 2011: dont 11.500 civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

mardi 15 mai 2012

Analyse de la pratique, psychanalyse et représentations collectives

L'analyse de la pratique en institution exige du psychologue de faire des liens entre les mécanismes psychiques qui agissent l'équipe et les réponses qu'un métier partagé autorise. Il est intéressant de repérer comment le collectif pense les situations vécues, c'est à dire, les représente. Ensuite, d'envisager quelle sont les voies utilisées pour un retour sur le terrain.

Françoise Feder(2006), dans "Traitement institutionnel et processus psychanalytique : le travail du psychanalyste à l'écoute du matériel institutionnel" envisage des éléments de réponse dans le champ psychanalytique par l'étude des contre-transferts . Il ne peut y avoir d'élaboration de groupe sur la dynamique institutionnelle que par des réunions interprétatives ayant pour objet "l'interprétation du transfert verbalisé au patient" expose Feder. Travail de perlarboration qui engage le psychologue tout comme les membre professionnels, il vise à créer de nouvelles modalités d'échanges en tissant des liens entre une situation éprouvée, le passé des relations au patient, ainsi qu'en distinguant les itérations.

Le travailleur social, l'accompagnant joue alors le double rôle d'outil de la pensée et d'agent de développement tout à la fois. Feder(2006), montre que c'est le professionnel engagé dans une élaboration de son contre-transfert qui révèle et renouvelle les conflictualités à l'oeuvre. Ainsi, par des insights il comprend ce qui l'agit et envisage, dans l'espace et le temps de la pensée collective, de nouvelles modalité d'échanges avec le patient.

Ce travail nous invite à renouveler de nombreuses question sur l'analyse de la pratique :

La nécessité de produire des traces de l'activité pour conduire à une analyse des situations de travail? Dans le travail de Feder, l'usage de la vidéo vient à point nommé pour provoquer un choc. Cependant l'usage des outils de captations son ou vidéo pose de vastes question d'énnonciation ( cadrage, langage des images, du montages) et de droit des personnes ( intimité, archivage, discours). La production d'un discours situé peut être provoquée par des consignes du SOSIE (Clot 2008), l'entretien d'expliciation (Vermersh 2006) , les controverses de métier par les outils ou l'activité instrumentée ( Drutel 2008, 2012) permettant de contourner ces impossibilités tout en déclenchant par les échanges dialogiques le développement des locuteurs et du collectif.

Mais ces artifices renouvèlent la question du collectif de travail pour le psychologue : comment pense le groupe? Je pense qu'à travers la question de l'usage de la psychanalyse, c'est bien la question de la représentation sociale qui est posée par Feder qui cherche à identifier des processus à l'oeuvre en faisant l'hypothèse que les conflictualités propres à l'individu se retrouvent dans les conflictualités du collectif ( Dubosq et Clot 2010).

D'autres auteurs nous alertent sur ce phénomène. La lecture des travaux de Jodelet ou Moscovici nous permettent de poser un premier repère. Chaque fois qu'un événement survient, il génère une rupture (de l'ordre des choses) éprouvée par celui qui en fait l'expérience. Pour être communiqué, il faut faire appel au sens : l'éprouvé corporel mais aussi les outils symboliques stabilisés dans une société. Ainsi chaque fois qu'un savoir est généré, il devient une partie de la vie collective (Moscovici 2009). Le collectif dispose alors d'un répertoire d'événement représentés qu'il peut mobiliser en situation de travail (Clot sur le genre). Cela nous permet, avec Dejours d'envisager le rapport collectif au travail sous l'aspect de la ressource et non du manque : l'acte traditionnel efficace.

Mais, nous avons toujours à résoudre la question de comment pense le groupe. On comprend déjà que les connaissances qui entrent dans le domaine commun révèlent une autre structure que la démarche scientifique qui repose sur un système. Il s'agit plutôt de la construction de représentations de la réalité organisée en un réseau cohérent (Moscovici 2009). D'ou l'intérêt de se focaliser sur la communication entre les membres du collectif faisant que quelque chose se travaille pour être transmissible et utilisable. De faire en sorte qu'éprouvés et sentiment convergent vers quelque chose d'individuel qui peut devenir social.

Ce qui devient intéressant pour le psychologue, c'est alors de comprendre comment on fabrique quelque chose de nouveau. Le milieu professionnel est un milieu qui change, dynamique, sans cesse en renouvèlement mais qui ne peut se réaliser sans stabiliser pour un temps des savoirs. C'est la connaissance (ce que l'on retient des savoirs) qui va permettre le travail collaboratif.

Dans le cadre d'une démarche d'analyse de la pratique, n'y a t il pas dans la formulation et le contenu des questions du groupe vers le sujet analysant, à repérer les instruments mobilisés (culture, symbolisation, mémoire, concepts théoriques) pour comprendre d'une manière renouvelée comment l'institution organise sa réalité et offre ou contraint ces usagers, malades et soignants?

mercredi 09 nov. 2011

Travail intellectuel et usage du corps

Haruki Murakami, en 2007 écrit un livre témoignage sur son activité quotidienne de coureur. Son "Autoportrait de l'auteur en coureur de fond" ( Murakami 2009) tisse des passerelles entre l'activité d'écriture et celle de la course de fond.

Nous y voyons une illustration littéraire rafraîchissante sur l'activité, le geste, l'engagement du corps dans le métier. Cet ouvrage revisite sous l'aspect d'un témoignage intime et émouvant les liens permanents entre activité intellectuelle et contrainte du corps.

Les extraits que je vous propose peuvent nous éclairer sur les approches collectives du traitement des TMS, les travaux de Clot et Fernandez (Clot et Fernandez 2005) sur les stratégies d'opérateurs.

Retrouvons Murakami...

La course est une expérience paradoxale : on court pour faire le vide et dans le même temps être plus présent au monde. Je cours moi aussi trois fois par semaine et l'expérience se renouvelle à chaque fois : courir est une fuite hors de soi pour au final s'y retrouver. La course à pied pour quelle soit supportable invite de sportif à réaliser un équilibre psychodynamique (Dejours 2000) fait de rituels, de violence physique et de contrôle psychique.

Courir ouvre l'esprit et endurci le corps, parce que, comme tout homme qui apprend un métier, le talent n'est rien sans la persévérance. Le travail d'écriture comme tout métier relève d'une Métis, une intelligence de la pratique qui engage le corps et l'esprit dans un dialogue sans cesse renouvelé. Murakami explique lors d'une interview que le talent est peu de chose sans l'apprentissage de la concentration, de l'astreinte quotidienne à sa table, de la capacité à tenir la distance. C'est à ce prix que l'on devient écrivain que le métier rentre dans le corps.

Extraits :

"On apprend naturellement concentration et persévérance quand on s'assoit chaque jour à sa table et qu'on s'exerce à se mobiliser sur une question. Un travail très semblable à l'entraînement musculaire... on doit sans cesse transmettre l'objet de sa concentration à son corps, on doit être certain que ce dernier a profondément assimilé l'information nécessaire afin de pouvoir écrire quotidiennement... et se concentrer sur le travail en cours. Et progressivement on étend les limites de ses capacités...Chandler a un jour avoué... qu'il s'obligeait à s'asseoir à sa table chaque jour sans exception, un certain nombre d'heures, et à demeurer là, seul, la conscience en éveil... Grâce à ce dressage sévère, Chandler se donnait la force musculaire nécessaire à son travail d'écrivain professionnel et renforçait tranquillement sa volonté... Pour moi, écrire des romans est fondamentalement un travail physique... Un fois que vous essayez de vous y atteler, vous comprenez très vite que ce n'est pas une mission aussi paisible qu'il y paraît. Le processus tout entier - s'asseoir à sa table, focaliser son esprit à la manière d'un rayon laser, imaginer quelque chose qui surgisse d'un horizon vide...- tout cela exige beaucoup plus d'énergie, durant une longue période, que la majorité des gens ne l'imaginent...Même si le corps n'est pas en mouvement, à l'intérieur de soi s'opère une dynamique laborieuse et exténuante."

A travers les mots de Murakami se déploie et se réalise l'activité de l'écrivain bien au delà du visible. L'auteur s'explique avec le métier, nous donne à voir le réel de son activité. L'activité d'écriture implique une stratégie d'usage du corps bien en amont de l'acte de produire du texte, et se poursuit bien après le travail à la table dans l'entrainement exigent et continu du corps à subir la pression, à tenir la distance, à vaincre la fatigue.

C'est le cadeau de Murakami de nous offrir cette rencontre honnête et dépouillée avec son métier d'écrivain. Nous nous retrouvons apprentis, écoutant un maître qui tente de transmettre "un genre professionnel" (Clot 2005) celui du travailleur intellectuel. Car "l'activité est une épreuve subjective où l'on se mesure à soi-même et aux autres pour avoir une chance de parvenir à réaliser ce qui est à faire. Les activités suspendues, contrariées ou empêchées doivent êtres admises dans l'analyse" (Clot 2008). Le chercheur nous invite, psychologues du travail, syndicalistes, RH, managers à ne pas réduire le métier qu'au visible et au mesurable. Ainsi que l'explique Murakami, une journée de travail commence bien avant l'arrivée au bureau et se prolonge et se ramifie dans les sphères sociales et intimes.

Cette approche nous invite à renouveler notre regard sur métier. La compétence, cette aptitude à mobiliser le bon geste technique au bon moment ne rend que partiellement compte des stratégies que déploient les travailleurs pour se rendre disponibles au métier, être prêts à agir, disponibles.

La question de l'usage du corps nous invite à élargir la notion de parcours professionnel par la "capacité" à agir (Zimmermann 20011) maintenue tout au long de la vie par les travailleurs. C'est bien cette complexité du rapport au corps qu'explicite l'ANACT dans ses recommandations sur la préventions des TMS : "''Ces gestes, ce sont à la fois des mouvements ou des postures, mais ce sont aussi des connaissances de stratégies à suivre selon les situations de travail, c’est enfin du sens donné aux actions dans le métier. Lorsque le mouvement est trop contraint, trop rapide, sans récupération, lorsque les apprentissages sont insuffisants, lorsque l’activité n’a plus de cohérence dans le collectif de travail, alors les gestes professionnels sont empêchés et deviennent pathogènes. Les affections (épicondylite, syndrome du canal carpien, hernie discale...) sont les résultats visibles et tardifs des expositions.''"

Cependant, dans les entreprises, la réductibilité des TMS à une formation sur gestes et postures semble avoir de beaux jours devant elle... C'est que la question de l'usage du corps relève de l'intime. D'héritages de savoir-faire et de modalité de transmissions ritualisées.

C'est pourquoi "l'autoportrait de l'auteur en coureur de fond" est un livre précieux.

Murakami